SOCIETE : ENVIRONNEMENT : TARA OCEAN : MISSION MICROPLASTIQUES

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La goélette TARA de la Fondation Tara Océan a quitté Lorient (son port d’attache) le 27 mai dernier pour un voyage de six mois. Après la mer Baltique, sa mission la mènera en Atlantique, en Méditerranée et dans 10 fleuves européens. Son objectif : découvrir l’origine des microplastiques qui polluent les océans.

« Nettoyer les océans du plastique, c’est comme tenter de nettoyer une flaque alors qu’il y a une fuite. Il faut s’attaquer à la source du problème. »

D’où viennent les déchets plastiques ? Sous quelles formes arrivent-ils en mer ? Où faut-il concentrer nos efforts pour stopper leurs flux ? Quels impacts ont-ils sur la biodiversité marine et le vivant ?

Aujourd’hui, on estime que 80 % des déchets plastiques en mer sont d’origine terrestre.

Pour la Fondation Tara Océan et l’EMBL engagés sur ces questions depuis 2010, il est urgent d’explorer et de décrire les fuites de déchets plastiques vers la mer pour mieux endiguer cette « hémorragie ». Cette nouvelle mission plastique 2019, dont le volet scientifique est coordonné par le CNRS, sillonnera plusieurs façades de l’Europe pendant 6 mois et explorera 10 grands fleuves européens.  

Un nouveau chapitre de la recherche sur le plastique à bord de Tara

Depuis 2010, la goélette Tara prélève des microplastiques (de 0,2 à 5 mm de diamètre) dans ses filets à l’occasion de ses différentes expéditions. Le constat est clair : ces fragments de microplastiques sont omniprésents dans l’océan. Après s’être concentrés sur cette pollution en mer Méditerranée en 2014, avoir découvert l’importante zone d’accumulation dans l’océan Arctique en 2017 et identifié la biodiversité associée dans le “Vortex” du Pacifique Nord en 2018, la goélette Tara et ses partenaires vont identifier les sources, prédire le devenir et évaluer l’impact des plastiques de la terre vers la mer.

Les fragments les plus problématiques

Si de nombreuses études en Europe et dans le monde permettent déjà de caractériser les flux de déchets en milieux aquatiques (eaux de mer, eaux littorales, eaux de transition comme les estuaires et lagunes, fleuves), elles se concentrent le plus souvent sur les macrodéchets (> 2 cm).

Issus de la dégradation des macrodéchets plastiques, les microplastiques ont de nombreuses interactions avec les organismes marins : dispersion d’espèces potentiellement invasives ou pathogènes fixées sur les plastiques, accumulation de produits toxiques dans la chaîne alimentaire, etc…

Explorer le cours des fleuves pour identifier les foyers de dispersion des plastiques et leur impact

Pluie ruisselant sur les routes, caniveaux, lacs, cours d’eau tels que rivières ou fleuves sont autant de vecteurs des déchets plastiques produits par chacun d’entre nous qui finissent par se retrouver dans l‘océan. En se rapprochant des côtes, la goélette Tara va donc mener une nouvelle enquête pour tenter d’identifier l’origine terrestre des matières plastiques retrouvées en mer.
Biologistes marins, écotoxicologues, océanographes, modélisateurs, chimistes et physiciens composent une équipe interdisciplinaire d’une quarantaine de scientifiques au sein de cette mission. Ils travailleront collectivement à deux grands objectifs scientifiques communs :

1-Identifier les sources de pollution, comprendre leur fragmentation dans les fleuves et prédire leur dispersion vers l’Océan.

2-Comprendre leurs impacts sur la biodiversité marine et leurs effets sur la chaîne alimentaire.

L’échantillonnage est prévu à l’embouchure de 10 des 15 principaux fleuves d’Europe : la Tamise (Angleterre), l’Elbe et le Rhin (Allemagne), la Seine, la Loire, la Garonne et le Rhône (France), le Tage (Portugal), l’Èbre (Espagne) et le Tibre (Italie).

Les prélèvements de microplastiques (1 – 5mm), particules micrométriques (1-1000 µm) et nanoplastiques (1-999 nm) seront effectués en surface et dans la colonne d’eau. Ils sont autant d’indices et de « pièces à conviction » pour remonter à l’origine de la dispersion, identifier les foyers de dispersion (selon leur taille et leur nature chimique), et cibler les plus fortes concentrations de microplastiques pour agir, demain, à la source.

Mieux comprendre la toxicité des microplastiques

Les échantillonnages en mer, dans les estuaires et dans les fleuves permettront d’étudier l’impact des plastiques sur la biodiversité et leur transfert dans la chaîne alimentaire. Les plastiques sont de véritables radeaux qui peuvent transporter une large diversité d’espèces sur de grandes distances et perturber durablement les écosystèmes. Ils peuvent également s’accumuler dans la chaîne alimentaire et terminer dans nos assiettes. Les plastiques contiennent des additifs (notamment des perturbateurs endocriniens) qui peuvent être « relargués » dans les tissus des animaux qui les avalent. Ces recherches contribueront à hiérarchiser demain les plastiques les plus toxiques selon leur composition pour les éliminer en priorité de notre consommation.

« Plastique en mer, les solutions sont à terre »

Devant l’impossibilité de collecter le stock de microplastiques en mer, la solution la plus efficace revient à enrayer les flux de déchets depuis les continents. « Identifier les sources de ces flux est incontournable pour la mise en place de politiques publiques efficaces. Cette mission de la Fondation Tara Océan et du CNRS, bien que succincte, apportera quelques indices pour affiner les approches futures et modéliser les flux », explique Jean-François Ghiglione (CNRS) et directeur scientifique de la mission. Mieux évaluer les sources des microplastiques et leur devenir en mer est un enjeu scientifique et politique qui permettra de lutter plus efficacement contre cette pollution tout en avançant dans le recyclage, la réduction, le réemploi et la réparation  et de contribuer au débat et aux actions de l’économie circulaire.

Tara fera 18 escales en Europe pour partager les enjeux liés à la connaissance et la préservation de l’océan. Pour Romain Troublé, Directeur général de la Fondation Tara Océan, « cette mission va contribuer à la recherche fondamentale, comme l’ensemble des expéditions Tara, mais celle-ci comporte un enjeu sociétal fort, dont toutes les générations doivent s’emparer à présent pour changer notre rapport aux ressources, à leur préservation, et à très court terme de changer de mode de consommation, de production ».  Allant à la rencontre du public dans de grandes villes du pourtour européen, ces escales seront autant d’opportunités pour engager les parties prenantes et les acteurs locaux, les écoles, les collectivités publiques, le secteur privé et la communauté scientifique.

QUI EST TARA

Construite en France à l’initiative de Jean-Louis ETIENNE, médecin explorateur, en 1989 et baptisée « Antarctica », cette goélette a parcouru toutes les mers du globe jusqu’en 1996.

Puis elle fut reprise par Sir Peter Blake sous le nom de « Seamaster », pour en faire l’instrument principal de son programme de défense de l’environnement soutenu par le PNUE (programme des Nations Unies pour l’environnement) Programme tragiquement interrompu suite à l’assassinat de Peter Blake par des pirates sur le fleuve Amazone au Brésil.

En 2003 ; Etienne Bourgeois, directeur général d’ « AgnesB » acquiert le bateau et le rebaptise «Tara ».

Il lance conjointement le projet Tara Expéditions pour faire prendre conscience de la fragilité de l’environnement et développer une connaissance de haut niveau sur l’océan. Depuis, Tara a réalisé de nombreuses expéditions scientifiques dont l’expédition Tara Arctic, Tara Oceans, Tara Méditerranée et enfin Tara Pacific. Le projet est dirigé aujourd’hui par Romain Troublé. La Fondation Tara Océan, première fondation reconnue d’utilité publique consacrée à l’Océan, développe, grâce à la goélette Tara, une science de l’Océan ouverte, innovante et inédite devant permettre de prédire et mieux anticiper l’impact du changement climatique. Elle utilise cette expertise scientifique de très haut niveau pour sensibiliser et éduquer les jeunes générations mais aussi mobiliser les décideurs politiques et permettre aux pays en développement d’accéder à ces nouvelles connaissances.

 La Fondation Tara Océan est Observateur spécial à l’ONU et participe activement aux Objectifs du Développement Durable de l’Agenda 2030 de l’ONU.

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